Παρασκευή, 25 Νοεμβρίου 2016

Josef Zisyadis: «J’aurais voulu être vigneron ou paysan»

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Il a quitté la politique en 2011 mais il est plus passionné et plus actif que jamais! A 60 ans, le popiste cultive le bonheur en famille et a retrouvé ses racines grecques.
Que devenez-vous depuis votre retraite politique?
Je deviens quelqu’un de très bien! (Rire.) Lorsque j’ai quitté le Parlement en 2011, après vingt ans, je...
n’avais pas de retraite, ni comme ex-conseiller national ni comme ancien conseiller d’Etat vaudois, puisque je n’avais pas fait un mandat complet. Je me suis impliqué dans le travail associatif. Je m’occupe de la Semaine suisse du goût, une fondation qui rassemble chaque année des événements autour de la nourriture. On a un bureau à Lausanne, sous la gare.
Vous travaillez à 100%?
Dans les faits, oui, mais officiellement à 75%.
C’est bien payé?
Je gagne environ 6500 francs par mois. Je suis aussi président de Slow Food Suisse, c’est un travail bénévole, dans une association internationale qui compte plus de 100 000 membres. Je n’ai pas besoin d’un grand train de vie, je vis comme je vis… J’habite toujours dans la région lausannoise et je vais souvent en Grèce, où je m’occupe d’un projet agroécologique sur l’île de Patmos: on a replanté un vignoble, créé un pressoir d’huile d’olive, une banque des semences autochtones… Ma vie est peut-être moins militante, mais elle est très riche parce que je suis en contact permanent avec des gens qui font la nourriture et qui aiment la terre. Ce sont des amitiés fantastiques.
Et votre vie personnelle?
Ma femme, Yota, est Grecque, elle est archéologue et travaille à l’université. On a un garçon, Aris, qui a 11 ans. Je vis une époque très heureuse de ma vie, sans parler des relations avec mes autres enfants déjà adultes.
Vous avez de grands enfants?
J’ai quatre enfants, qui ont de 11 ans à 35 ans, de trois femmes différentes. L’aînée, Marika, 35 ans, est née à Paris quand j’étais pasteur, son frère, Alekos, a 30 ans. Ensuite, il y a Arthur, 25 ans, avec ma seconde femme.
Avoir un garçon de 11 ans, ça aide à rester jeune?
Quand j’ai fait des enfants à 25 ans, on m’a dit que j’étais trop jeune et quand j’en ai fait un à 49 ans, on m’a dit que j’étais trop vieux. (Rire.) Chaque relation porte en soi une dynamique différente. Ma femme, Yota, m’a réconcilié avec mes origines grecques. Elle est de la région de Serrès, près de Thessalonique, ce qui me ramène dans le nord macédonien, près d’Istanbul où je suis né.
Vous parlez grec?
Oui. Le grec, je l’avais quasiment oublié, je le parlais comme une vache espagnole, même si je l’avais réappris un peu en faisant du grec ancien, au collège. Aujourd’hui, je retourne aux sources. Ma femme me ramène aussi à cette classe paysanne que j’aime, puisqu’elle vient d’une famille de producteurs d’olives et d’amandes.
Vous vous êtes rencontrés comment?
On s’est connus à Lausanne, par hasard, dans un restaurant grec, le Lyrique. C’était le coup de foudre total, le 19 novembre 1998. Ça a bouleversé ma vie. C’est d’autant plus fort que ce soir-là, je ne voulais absolument pas aller à cette soirée. J’étais invité par quelqu’un, elle était invitée par quelqu’un d’autre, elle aussi ne voulait pas y aller…
Une passion grecque?
Oui, j’ai été complètement emporté par cet amour. Je n’avais pas rêvé, dans ma vie, de vivre avec une Grecque, mais il se trouve que, pour cette fin de vie, c’est ce qui s’est passé.
Quel âge avez-vous?
J’ai eu 60 ans le 17 avril dernier.
Vous vous retournez sur votre parcours?
Je me demande souvent: «Est-ce que tu referais la même chose?» Je suis persuadé que si j’avais 20 ans aujourd’hui, je serais vigneron ou œnologue. Ou alors cuisinier ou paysan! Politiquement, impossible de changer: ce monde est devenu barbare.
Le terroir devient plus attirant que les grandes idées politiques?
C’est plus immédiat. Quand on se bat pour de grandes idées, on a des projets sur le long terme. Dans la production paysanne, il y a aussi l’apprentissage du temps long, le cycle des saisons, mais quand on plante une tomate, on sait qu’elle va sortir quelque temps après. Donc cette immédiateté est aussi une source de jouissance. Et puis quand on cuisine pour des invités ou pour sa famille, on est heureux de faire plaisir.
Votre cuisine préférée?
C’est surtout des produits de base, le pain, le fromage, le poisson, des choses toutes simples… Une bonne charcuterie aussi! Et puis j’aime surtout la relation humaine qu’il y a autour: goûter un vin avec un vigneron, parler d’une viande avec un boucher… Le combat pour le goût est éminemment politique.
A Patmos, vous mettez la main à la pâte?
Bien sûr! J’ai récolté le raisin au début d’août et les olives il y a deux semaines. On a 250 oliviers et on a construit un pressoir pour faire de l’huile. On a deux hectares de vigne, on prépare les 4000 bouteilles de cette année, on sera à terme à 10 000 bouteilles.
Vous fumez toujours la pipe alors que c’est devenu politiquement incorrect. C’est la même relation au plaisir?
Mon père fumait la pipe et, à 16 ans, mon premier acte a été de m’acheter une pipe et de fumer en cachette. A l’époque, les théologiens fumaient, je me rappelle encore la bibliothèque de la Faculté de théologie, à l’Ancienne Académie, elle sentait la pipe. On pouvait fumer la pipe à la bibliothèque, c’était magnifique. Ça m’est resté! Je ne suis pas un grand fumeur de pipe, j’en fume une ou deux par jour.
C’est vous qui cuisinez à la maison?
Pas toujours mais souvent. Hier soir j’ai fait un couscous de maquereau, ça m’arrive de faire un couscous de féra. Je me dis souvent, pendant la journée, en pensant à mon frigo vide: «Qu’est-ce que je vais acheter pour vivre un moment de bonheur ce soir?» Mon frère Abraham, qui est journaliste, était libre hier soir, alors je l’ai invité! J’aime faire des plats grecs et moyen-orientaux, mais avec des produits d’ici.
Vous allez souvent en Grèce?
Trois ou quatre fois par année. On a fait construire avec ma femme, il y a quatre ans, une petite maison sur l’île de Patmos, pas très loin du domaine viticole. C’est une maison traditionnelle, de trois pièces. Elle a un côté apaisant face à la mer. C’est la première fois que je me retrouve propriétaire. Mais ce n’est pas parce que j’ai une maison que j’ai changé de bord! (Rire.)
A quel âge êtes-vous arrivé en Suisse?
J’avais 6 ans.
Votre enfance a été heureuse?
C’était une période difficile, puisqu’on était sans papiers. En arrivant, je ne connaissais pas la langue. On ne s’est pas seulement intégrés, on s’est carrément assimilés. C’était la décision de mon père: on était orthodoxes du côté de mon père, juifs du côté de ma mère, on est tous devenus protestants pour mieux s’assimiler. Mon père a décidé pour tout le monde et on a assumé. Protestants, Vaudois, Lausannois! (Rire.)
Votre père était autoritaire?
Oui, il a quand même fait six ans d’armée obligatoire en Turquie, il y était pendant la guerre. Il a vécu assez durement et puis, ce n’était pas quelqu’un qui était tendre. C’était un homme joyeux mais assez dur. Quand mon père rentrait à la maison et sonnait à la porte, il n’attendait pas seulement qu’on lui ouvre, il fallait lui enlever ses chaussures et lui mettre ses pantoufles! C’était le pacha qui rentrait! (Rire.) Quand, à 15 ou 16 ans, on a ses copains de classe à la maison et qu’ils te voient faire ce genre de truc, tu te dis tout d’un coup: «Mais qu’est-ce que je suis en train de faire?» Il y a deux cultures qui s’affrontent.
Vous le viviez bien?
Bien sûr que non! Je ne supportais pas, j’essayais de fuir avant que mon père sonne à la porte. Mais je devais quand même le faire, car sinon la torgnole n’était pas loin. C’était encore l’époque où on foutait des baffes. On ne pouvait pas dire à un Gréco-Turc de ne pas foutre des baffes, ce n’était pas possible. (Rire.) Je crois que ça m’a un peu endurci; j’ai le cuir épais.
Ça a contribué à votre engagement communiste?
Non, pas de lien direct! Mon choix d’entrer au POP, à 16 ans, n’était pas tellement révolutionnaire à cette époque. Je me suis dit que je venais d’un milieu populaire et que je voulais aller dans un parti où il y avait des ouvriers. Mon père était totalement opposé à mon engagement. Il était de droite, très traditionnel.
Vous aviez des débats?
Pas tellement. Ce que j’ai appris de lui, c’est l’habitude de suivre l’actualité à la radio et à la télévision. L’assassinat de Kennedy, je me rappelle encore, c’était en 1963, j’avais 7 ans.
Que faisait votre père?
Il était horloger, il est décédé en Espagne à plus de 80 ans.
Et votre mère?
Elle vient de mourir à Lausanne. Elle aurait eu bientôt 80 ans. Mon père n’a jamais eu de permis de travail en Suisse, donc il continuait à faire ce qu’il savait faire, c’est-à-dire voyager pour vendre des pièces de fourniture d’horlogerie dans différents pays méditerranéens. Ce qui fait que ma mère était vraiment la gardienne du foyer, des traditions culinaires, de l’éducation. Elle nous a préparés, tout petits, à suivre la voie universitaire. C’était l’époque de la sélection à 9 ans, dans le canton de Vaud.
Vous vous posez des questions sur votre judéité?
Je suis juif par ma mère, cela ne me préoccupe pas, mais c’est parfois un peu compliqué. Quand je suis allé protester contre le blocus israélien de Gaza, j’étais sur le dernier bateau que les Israéliens ont laissé passer, en novembre 2008. Je sais très bien que l’autre partie de ma famille, celle qui vit aujourd’hui à Haïfa, a trouvé inadmissible, pour un juif, de faire un acte pareil. Alors que pour moi, c’était un acte nécessaire.
Votre mère en a pensé quoi?
Elle a toujours été pour le combat palestinien, elle a toujours soutenu le droit de ceux qui étaient déjà dans le pays avant l’arrivée des immigrants juifs.
Quelle est votre famille en Israël?
Le frère de ma mère. Il était rabbin à Istanbul avant que la synagogue soit victime d’un attentat en 1986. Il est parti après. Mon oncle désapprouve mon combat, mais c’est normal, il est très à droite.
Vous n’avez plus de lien avec la tradition juive?
Ce lien a été complètement annihilé, d’une part, parce que mon père n’a pas permis à ma mère de vivre sa foi et, d’autre part, parce que la famille de ma mère n’a pas vraiment accepté qu’elle se marie avec un Grec. On a déménagé très vite: en 1958, on a quitté Istanbul pour Athènes, et puis, en 1962, mon père s’est dit qu’il allait aller en Suisse. Il connaissait déjà La Chaux-de-Fonds, Le Locle, où il allait acheter des pièces de rechange pour les montres.
Il n’a jamais eu de permis de travail?
Non, parce qu’il n’a pas fait de demande d’immigration. Nous sommes arrivés en Suisse en 1962, on a vécu quelques jours dans la salle d’attente de la gare de Lausanne, jusqu’à ce qu’on nous trouve un logement. On est restés en étant au noir. J’ai été naturalisé à 18 ans, comme mon frère.
Vous êtes proches?
Oui, sans oublier mon autre frère, Sophocle, du premier mariage de mon père. Il vit à Athènes et il est un peu notre point d’appui. Il a dix ans de plus que moi, il vit dans le quartier de mon enfance, Paleó Fáliro (le Vieux Phalère). Il est dentiste.
Vous commencez à penser à la retraite?
Non, puisque je n’aurai pas de retraite, sauf la retraite de base qui est autour de 2200 francs. Donc je continuerai à travailler. J’ai la chance de faire un travail qui me donne énormément de plaisir. J’ai encore plein de projets, mais je suis très serein. Si je devais partir demain, j’aurais beaucoup de tristesse par rapport aux gens que je laisserais, mais je fais partie de ces gens comme Pablo Neruda qui peuvent dire à tout instant: «J’avoue que j’ai vécu.»
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